- Mars 2026 : La participation (2) : n'oublions pas les élu.e.s !
- Février 2026 : La participation (1) : une exigence démocratique
- Janvier 2026 : Municipales 2026 : projet ou programme ?
- Décembre 2025 : Les mobilités actives en milieu rural à l’épreuve du temps
- Novembre 2025 : L'évaluation, c'est du contrôle ?
- Octobre 2025 : Collaboration, coopération, la même chose ?
- Septembre 2025 : Que faire du conflit ?
mars 2026
La participation (2) : n'oublions pas les élu.e.s !

Le défi de la représentativité
L’analyse sociologique des équipes municipales élues les 15 & 22 mars le montrera sans doute : elles ne représentent pas la diversité de la population de leur commune. Sauf sur un point : le genre, puisque la parité est une règle désormais généralisée à toutes les communes. Pour le reste, les spécialistes noteront probablement la sous-représentation des jeunes, des personnes issues de l’immigration et des classes populaires. Au-delà de la symbolique et du respect de la règle statistique, ce sont aussi des diversités de points de vue et de façon de penser qui seront absentes ou minoritaires dans les équipes d’élus locaux. Pour avoir participé à une liste candidate avec cette préoccupation de représentativité, je constate combien il est difficile de l’atteindre. Sortir du confort de l’entre-soi, déployer une grande énergie pour « aller-vers » les personnes les plus éloignées de nos cercles, constituer un groupe diversifié mais uni : autant de défi que nous avons peiné à relever… Comme le préconise le collectif Démocratiser la politique (DLP), la loi pourrait être un puissant levier pour proposer un statut de l’élu adapté à toutes les situations, rendre visible l’origine sociale des élus et surtout limiter la part des classes supérieures dans la composition des listes.
Des élus à trois vitesses
Et une fois élu.e.s, que se passe-t-il ? En caricaturant à peine : d’un côté des élus surbookés, surinvestis, et de l’autre des élus réduits au rôle de « figurants », entérinant des décisions déjà prises ailleurs… ou s’opposant inutilement lorsqu’on est élu de la minorité ! Bien sûr, des choix individuels, des disponibilités et des appétences variables peuvent conduire à cette situation, mais pas que. Notre système favorise la concentration des rôles et des fonctions – en clair du pouvoir - sur quelques-uns : le Maire et les adjoints, quand ce n’est pas le Maire tout seul pour un certain nombre de sujets, et pour peu que la traditionnelle délégation de début de mandat du conseil municipal au Maire soit généreuse…
Reconnaissance et acceptation du débat…
Comment faire en sorte qu’un maximum d’élus locaux (en tous cas ceux qui le souhaitent) participent à la vie municipale ? En premier lieu le travail des commissions municipales doit être respecté et valorisé dans le long processus qui l’amène vers la délibération en conseil municipal. A partir d’une certaine strate de population, ce sont les lieux privilégiés de participation des élus. Combien d’entre eux par le passé ont été surpris puis découragé en cours de mandat de voir leur travail égaré ou dénaturé en passant au crible des services, du bureau municipal ou simplement d’un Maire omnipotent et enfin d’un conseil municipal réduit au rôle de chambre d’enregistrement ? En second lieu, il faut par avance accepter que chacun puisse donner son avis et s’exprimer avec sa sensibilité. Accepter les paroles singulières, c’est aussi accepter de facto les différences, les divergences, le débat voire les tensions… même au sein de la majorité municipale ! La question est donc moins de savoir comment on les évite que comment on les régule. Exercice délicat que de concilier l’expression individuelle, nécessaire à l’engagement actif, et une certaine unité collective, indispensable à l’efficacité de l’action.
La gouvernance de la collectivité
Au final, la participation des élus est étroitement liée à la façon dont se construit la délibération publique : quel est le processus ? Qui en est partie prenante, pour quel(s) sujet(s) et à quel(s) moment(s) ? quels sont les principes et les valeurs qui guident notre envie de « fonctionner » ensemble ? Voici les quelques questions à se poser en début de mandat (ou mieux, en début de campagne) pour déterminer si la gouvernance sera plutôt « concentrée » ou réellement partagée… Certes, un certain nombre de règles sont édictées par la loi. Mais comme souvent, c’est l’esprit avec lequel la règle est appliquée qui fera la différence. Tout comme la posture du Maire, qui reste la figure centrale de notre système administratif local : sera-t-il un maire « visionnaire » et décisionnaire ? Ou bien un maire animateur d’équipe et facilitateur d’intelligence collective ?
fevrier 2026
La participation (1) : une exigence démocratique

La campagne des municipales 2026 s’achève dans deux semaines et la question de la participation des habitants (ou participation citoyenne) aura été (au choix) : un thème, une préoccupation, un principe, une méthode ou une posture (et parfois tout en même temps, avec des degrés divers de sincérité !).
S’entendre sur la participation
Mais que met-on derrière ce terme de participation des habitants ? Le recours à ce que nous appelons communément l’échelle de la participation aide à nous y retrouver. La voici en ordre inversée, du bas vers le haut :
• La consultation : Elle permet de recueillir des besoins, des attentes, des envies, des avis à différents moment d’un projet (en amont, en cours d’élaboration, en phase de réalisation…). La consultation n’engage généralement pas celui qui la lance.
• La concertation : Elle intervient généralement dans les mêmes conditions que la consultation mais dans un processus plus structuré, avec un caractère plus engageant à tenir compte des avis formulés.
• La co-élaboration (ou co-onstruction) : Le projet est élaboré dès le départ et tout au long du processus avec les habitants (ou une partie d’entre eux selon les modalités retenues) à partir d’une idée ou d’un besoin. Le mode de travail est horizontal et chacun contribue en fonction de son intérêt ou de ses compétences (redistribution des pouvoirs et mode collaboratif dans lequel les avis sont d’égale valeur).
• La co-décision : la décision est partagée avec les habitants (ou une partie d’entre eux selon les modalités retenues) au terme d’un processus par lequel le Conseil municipal entérine une décision consensuelle.
• La délégation de décision : Les élus s’en remettent à la population pour décider : c’est le référendum local.
Nous trouvons parfois tout en bas de l’échelle l’information, ce qui est de mon point de vue une erreur. La participation implique un rôle actif et l’information est juste une des conditions nécessaires pour que les citoyens puissent participer de façon claire et efficace. Mais combien d’élus ont l’impression (réelle ou feinte) de faire de la participation en organisant une simple réunion d’information sur un projet déjà bouclé ?
Représenter sans consulter ?
Certain.e.s ont tendance à opposer système participatif (la démocratie appartient au peuple qui participe directement à la délibération publique) et système représentatif (les élus représentent le peuple et délibèrent en son nom). C’est sans doute posé de façon un peu caricaturale, mais il y’a lieu de penser comme Jo Spiegel (1) que les deux vont ensemble. A minima, comment puis-je me targuer de représenter les habitants de ma commune si je n’ai pas au préalable recueilli leurs paroles, leurs besoins, dans le cadre d’un processus clair et efficace qui agrège, pondère, analyse et parfois tranche en toute transparence entre des attentes et des envies multiples voire incompatibles ? On le voit, notre système représentatif implique à minima la consultation des habitants.
Tenir plutôt que promettre
L’exigence démocratique n’est pas tant dans la promesse de faire participer la population sur tout et tout le temps, que dans le respect des engagements pris, même modestes. En clair, mieux vaut être transparent sur le fait que l’on va « simplement » consulter la population sur tel ou tel projet, plutôt que d’annoncer une démarche de co-construction que l’on va dénaturer ou brutalement stopper pour « ne pas perdre la main ». A chaque équipe de définir de dont elle a envie et ce qu'elle est capable de tenir dans le temps, car c'est à cela qu'elle sera reconnue ou jugée, avec les effets délétères sur la démocratie d'une population qui s'estime bafouée ou trompée...
De la méthode et des outils
Comme tout processus, la participation des habitants nécessite de la méthode et des outils. Il y en a pléthore, proposés par une multitude de site ressources (cf en fin d’article). Bien sûr les méthodes et les outils nécessitent souvent un minimum de compétences (savoir-faire et savoir-être essentiellement) à acquérir… ou à aller chercher auprès de personnes qui les ont !
Pour aller plus loin :
(1) Maire de Kingersheim de 1989 à 2020 et auteur de "S'indigner, rêver, s'engager : vers une démocratie de construction" - 2021 - Retranscription d'un entretien pour la Nuit de la Démocratie 2020 - collection Porte-Clés - Edition de la Librairie des Territoires. COMMANDER
Municipales 2026 : projet ou programme ?

Les mobilités actives en milieu rural à l’épreuve du temps

L'évaluation, c'est du contrôle ?

Collaboration, coopération : la même chose ?

Que faire du conflit ?

- Tensions : désaccords, divergences, frictions ou oppositions plus ou moins ouvertes qui créént un climat de malaise et affectent les relations personnelles, sans rompre la capacité à dialoguer et collaborer,
- Conflits : confrontations ouvertes, comportements agressifs qui créént un climat malsain et affectent gravement les relations personnelles, ainsi que la possibilité de dialoguer et collaborer.