- Avril 2026 : La participation (3) : et les agents dans tout ça ?
- Mars 2026 : La participation (2) : n'oublions pas les élu.e.s !
- Février 2026 : La participation (1) : une exigence démocratique
- Janvier 2026 : Municipales 2026 : projet ou programme ?
- Décembre 2025 : Les mobilités actives en milieu rural à l’épreuve du temps
- Novembre 2025 : L'évaluation, c'est du contrôle ?
- Octobre 2025 : Collaboration, coopération, la même chose ?
- Septembre 2025 : Que faire du conflit ?
Avril 2026
La participation (3) : et les agents dans tout ça ?

Fin avec cet article de la série consacrée à la participation et aux municipales 2026.
La participation des agents, un droit fondamental mais limité
Le droit à la participation des agents de la fonction publique territoriale découle du principe posé par le préambule de la constitution de 1946 selon lequel tout travailleur participe par l’intermédiaire de ses délégués à la détermination collective des conditions de travail ainsi qu’à la gestion des entreprises. Il est explicitement consacré par la loi no 84-53 du 26 janvier 1984. Il couvre traditionnellement deux conceptions de la participation des agents à la vie de l’administration :
- La première renvoie à l’activité syndicale : il s’agit de la participation des représentants syndicaux à l’élaboration des normes et des décisions de l’administration à travers les instances du dialogue social (commissions administratives paritaires, comités techniques, comités d’hygiène et de sécurité, conseils de discipline…)
- La seconde concerne le droit à participer à la définition et à la gestion de l'action sociale, culturelle, sportive et de loisirs de l’administration, au profit des agents et de leurs ayants droit.
Système de représentation très encadré pour la première, champ limité pour la seconde...
Pour une troisième conception de la participation
Sans retirer quoique que ce soit aux corps intermédiaires qui structurent le dialogue social au sein des collectivité, il y’a place pour chaque agent de contribuer, d’être consulté et associé aux modalités de mise en œuvre, de suivi et d’évaluation des politiques publiques, à l’organisation du service dans lequel il travaille, à l’amélioration du service et de ses conditions de travail… Au plus près du terrain, avec la connaissance fine des problématiques et une bonne dose de pragmatisme. Mais comme dans toutes les organisations, ce troisième niveau dépend de la volonté des élus et des cadres dirigeants, de leur conception du pouvoir et de l’organisation fonctionnelle, de l’intérêt qu’ils portent à la collaboration et à la coopération, de leur maîtrise des outils de concertation et d’intelligence collective… Bref d’éléments divers qui ne sont pas toujours bien présents dans le « système territorial ».
De l'horizontalité dans la verticalité
En 2023, Fp21, association nationale de jeunes fonctionnaires, et Weka, partenaire de longue date des collectivités, s’associaient pour publier un livre blanc de la fonction publique. Il pointe en particulier la recherche de bien-être et de qualité de vie au travail, l’aspiration des agents à « partager leurs valeurs avec leur employeur public et à les exprimer » (quête de sens). Parmi les solutions évoquées pour redonner à la fonction publique l’attrait qu’elle a perdu :
- La diffusion de pratiques et outils collaboratifs
- Banaliser la notion de supérieur fonctionnel qui ne se confond pas avec celle de supérieur hiérarchique
- Prendre en compte les retours collectifs d’expérience dans la conduite des projets futurs
- Favoriser les cercles de co-développement…
Bref, mettre un peu d’horizontalité dans des organisations qui restent encore très largement et fondamentalement verticales !
mars 2026
La participation (2) : n'oublions pas les élu.e.s !

Le défi de la représentativité
L’analyse sociologique des équipes municipales élues les 15 & 22 mars le montrera sans doute : elles ne représentent pas la diversité de la population de leur commune. Sauf sur un point : le genre, puisque la parité est une règle désormais généralisée à toutes les communes. Pour le reste, les spécialistes noteront probablement la sous-représentation des jeunes, des personnes issues de l’immigration et des classes populaires. Au-delà de la symbolique et du respect de la règle statistique, ce sont aussi des diversités de points de vue et de façon de penser qui seront absentes ou minoritaires dans les équipes d’élus locaux. Pour avoir participé à une liste candidate avec cette préoccupation de représentativité, je constate combien il est difficile de l’atteindre. Sortir du confort de l’entre-soi, déployer une grande énergie pour « aller-vers » les personnes les plus éloignées de nos cercles, constituer un groupe diversifié mais uni : autant de défi que nous avons peiné à relever… Comme le préconise le collectif Démocratiser la politique (DLP), la loi pourrait être un puissant levier pour proposer un statut de l’élu adapté à toutes les situations, rendre visible l’origine sociale des élus et surtout limiter la part des classes supérieures dans la composition des listes.
Des élus à trois vitesses
Et une fois élu.e.s, que se passe-t-il ? En caricaturant à peine : d’un côté des élus surbookés, surinvestis, et de l’autre des élus réduits au rôle de « figurants », entérinant des décisions déjà prises ailleurs… ou s’opposant inutilement lorsqu’on est élu de la minorité ! Bien sûr, des choix individuels, des disponibilités et des appétences variables peuvent conduire à cette situation, mais pas que. Notre système favorise la concentration des rôles et des fonctions – en clair du pouvoir - sur quelques-uns : le Maire et les adjoints, quand ce n’est pas le Maire tout seul pour un certain nombre de sujets, et pour peu que la traditionnelle délégation de début de mandat du conseil municipal au Maire soit généreuse…
Reconnaissance et acceptation du débat…
Comment faire en sorte qu’un maximum d’élus locaux (en tous cas ceux qui le souhaitent) participent à la vie municipale ? En premier lieu le travail des commissions municipales doit être respecté et valorisé dans le long processus qui l’amène vers la délibération en conseil municipal. A partir d’une certaine strate de population, ce sont les lieux privilégiés de participation des élus. Combien d’entre eux par le passé ont été surpris puis découragé en cours de mandat de voir leur travail égaré ou dénaturé en passant au crible des services, du bureau municipal ou simplement d’un Maire omnipotent et enfin d’un conseil municipal réduit au rôle de chambre d’enregistrement ? En second lieu, il faut par avance accepter que chacun puisse donner son avis et s’exprimer avec sa sensibilité. Accepter les paroles singulières, c’est aussi accepter de facto les différences, les divergences, le débat voire les tensions… même au sein de la majorité municipale ! La question est donc moins de savoir comment on les évite que comment on les régule. Exercice délicat que de concilier l’expression individuelle, nécessaire à l’engagement actif, et une certaine unité collective, indispensable à l’efficacité de l’action.
La gouvernance de la collectivité
Au final, la participation des élus est étroitement liée à la façon dont se construit la délibération publique : quel est le processus ? Qui en est partie prenante, pour quel(s) sujet(s) et à quel(s) moment(s) ? quels sont les principes et les valeurs qui guident notre envie de « fonctionner » ensemble ? Voici les quelques questions à se poser en début de mandat (ou mieux, en début de campagne) pour déterminer si la gouvernance sera plutôt « concentrée » ou réellement partagée… Certes, un certain nombre de règles sont édictées par la loi. Mais comme souvent, c’est l’esprit avec lequel la règle est appliquée qui fera la différence. Tout comme la posture du Maire, qui reste la figure centrale de notre système administratif local : sera-t-il un maire « visionnaire » et décisionnaire ? Ou bien un maire animateur d’équipe et facilitateur d’intelligence collective ?
fevrier 2026
La participation (1) : une exigence démocratique

La campagne des municipales 2026 s’achève dans deux semaines et la question de la participation des habitants (ou participation citoyenne) aura été (au choix) : un thème, une préoccupation, un principe, une méthode ou une posture (et parfois tout en même temps, avec des degrés divers de sincérité !).
S’entendre sur la participation
Mais que met-on derrière ce terme de participation des habitants ? Le recours à ce que nous appelons communément l’échelle de la participation aide à nous y retrouver. La voici en ordre inversée, du bas vers le haut :
• La consultation : Elle permet de recueillir des besoins, des attentes, des envies, des avis à différents moment d’un projet (en amont, en cours d’élaboration, en phase de réalisation…). La consultation n’engage généralement pas celui qui la lance.
• La concertation : Elle intervient généralement dans les mêmes conditions que la consultation mais dans un processus plus structuré, avec un caractère plus engageant à tenir compte des avis formulés.
• La co-élaboration (ou co-onstruction) : Le projet est élaboré dès le départ et tout au long du processus avec les habitants (ou une partie d’entre eux selon les modalités retenues) à partir d’une idée ou d’un besoin. Le mode de travail est horizontal et chacun contribue en fonction de son intérêt ou de ses compétences (redistribution des pouvoirs et mode collaboratif dans lequel les avis sont d’égale valeur).
• La co-décision : la décision est partagée avec les habitants (ou une partie d’entre eux selon les modalités retenues) au terme d’un processus par lequel le Conseil municipal entérine une décision consensuelle.
• La délégation de décision : Les élus s’en remettent à la population pour décider : c’est le référendum local.
Nous trouvons parfois tout en bas de l’échelle l’information, ce qui est de mon point de vue une erreur. La participation implique un rôle actif et l’information est juste une des conditions nécessaires pour que les citoyens puissent participer de façon claire et efficace. Mais combien d’élus ont l’impression (réelle ou feinte) de faire de la participation en organisant une simple réunion d’information sur un projet déjà bouclé ?
Représenter sans consulter ?
Certain.e.s ont tendance à opposer système participatif (la démocratie appartient au peuple qui participe directement à la délibération publique) et système représentatif (les élus représentent le peuple et délibèrent en son nom). C’est sans doute posé de façon un peu caricaturale, mais il y’a lieu de penser comme Jo Spiegel (1) que les deux vont ensemble. A minima, comment puis-je me targuer de représenter les habitants de ma commune si je n’ai pas au préalable recueilli leurs paroles, leurs besoins, dans le cadre d’un processus clair et efficace qui agrège, pondère, analyse et parfois tranche en toute transparence entre des attentes et des envies multiples voire incompatibles ? On le voit, notre système représentatif implique à minima la consultation des habitants.
Tenir plutôt que promettre
L’exigence démocratique n’est pas tant dans la promesse de faire participer la population sur tout et tout le temps, que dans le respect des engagements pris, même modestes. En clair, mieux vaut être transparent sur le fait que l’on va « simplement » consulter la population sur tel ou tel projet, plutôt que d’annoncer une démarche de co-construction que l’on va dénaturer ou brutalement stopper pour « ne pas perdre la main ». A chaque équipe de définir de dont elle a envie et ce qu'elle est capable de tenir dans le temps, car c'est à cela qu'elle sera reconnue ou jugée, avec les effets délétères sur la démocratie d'une population qui s'estime bafouée ou trompée...
De la méthode et des outils
Comme tout processus, la participation des habitants nécessite de la méthode et des outils. Il y en a pléthore, proposés par une multitude de site ressources (cf en fin d’article). Bien sûr les méthodes et les outils nécessitent souvent un minimum de compétences (savoir-faire et savoir-être essentiellement) à acquérir… ou à aller chercher auprès de personnes qui les ont !
Pour aller plus loin :
(1) Maire de Kingersheim de 1989 à 2020 et auteur de "S'indigner, rêver, s'engager : vers une démocratie de construction" - 2021 - Retranscription d'un entretien pour la Nuit de la Démocratie 2020 - collection Porte-Clés - Edition de la Librairie des Territoires. COMMANDER
Municipales 2026 : projet ou programme ?

Les mobilités actives en milieu rural à l’épreuve du temps

L'évaluation, c'est du contrôle ?

Collaboration, coopération : la même chose ?

Que faire du conflit ?

- Tensions : désaccords, divergences, frictions ou oppositions plus ou moins ouvertes qui créént un climat de malaise et affectent les relations personnelles, sans rompre la capacité à dialoguer et collaborer,
- Conflits : confrontations ouvertes, comportements agressifs qui créént un climat malsain et affectent gravement les relations personnelles, ainsi que la possibilité de dialoguer et collaborer.